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Sécurité & Conformité IA
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Votre IA est-elle haut risque ? Le test Annexe III en 7 questions

Whondy Drouode

Whondy Drouode

Consultant IA & conformité

Un système d'IA cité à l'Annexe III de l'AI Act n'est pas automatiquement à haut risque : il l'est seulement s'il pèse réellement sur une décision qui touche une personne, et une exception précise permet d'en sortir. Vous pouvez trancher chaque usage vous-même en répondant à sept questions, dans l'ordre, et en gardant la trace de vos réponses. Le vrai risque n'est pas de tomber en haut risque, c'est de vous tromper de classement : sur-investir sur un usage anodin, ou passer à côté d'obligations lourdes sur un usage sensible. Voici le test qui vous évite les deux.

Le problème : « listé à l'Annexe III » ne veut pas dire « haut risque »

Beaucoup de dirigeants raisonnent en tout ou rien. Soit ils voient leur secteur cité dans la liste des usages sensibles et concluent qu'ils sont condamnés au régime le plus lourd, soit ils se rassurent en se disant que cette liste vise « les autres ». Les deux réflexes coûtent cher. Le premier vous fait documenter à outrance un outil qui ne le mérite pas. Le second vous laisse découvrir vos obligations lors d'un contrôle, quand il est trop tard pour les construire proprement.

La réalité est plus fine. Le règlement classe un usage en haut risque en deux temps. D'abord, cet usage doit relever de l'un des huit domaines de l'Annexe III. Ensuite, il faut que l'IA joue un rôle déterminant dans la décision, car une exception écarte du haut risque les systèmes qui ne font qu'une tâche étroite et sans influence réelle sur l'issue. Classer, c'est appliquer ces deux filtres dans le bon ordre, puis le prouver. C'est exactement ce que fait le test ci-dessous.

1Est-ce un système d'IA ?un logiciel qui prédit, recommande ou décide2L'usage figure-t-il à l'Annexe III ?l'un des huit domaines listés3L'IA pèse-t-elle sur une décision ?composant de sécurité ou décision sur une personne4Y a-t-il profilage de personnes ?si oui, haut risque, sans échappatoire5L'exception de l'article 6.3 joue-t-elle ?tâche étroite, préparatoire ou de simple contrôle6Fournisseur ou déployeur ?votre rôle fixe vos obligations7Le socle d'obligations est-il tenu ?gestion des risques, supervision, journal, dossierVOTRE CLASSIFICATION ANNEXE IIIhaut risque assumé, ou hors haut risque documenté
Sept questions, dans l'ordre, pour classer chaque usage d'IA et prouver votre décision, qu'il tombe en haut risque ou qu'il en sorte par l'exception.

La méthode : le test en 7 questions

Appliquez ces sept questions à chacun de vos usages d'IA pris séparément, jamais à votre entreprise dans son ensemble. Une même organisation peut très bien avoir un assistant en risque limité et un moteur de décision en haut risque. À chaque étape, notez votre réponse et le motif : ce petit journal deviendra votre preuve de classification.

Question 1 : est-ce bien un système d'IA ?

Le règlement vise un logiciel qui, à partir de données, produit des prédictions, des recommandations, du contenu ou des décisions, avec une part d'autonomie et de capacité d'adaptation. Une règle métier figée dans un tableur n'entre pas dans le champ. Un moteur de scoring, un modèle de tri ou un module de détection, oui. Listez ici tousvos usages, y compris ceux que vos équipes ont adoptés sans validation. Pour construire cet inventaire de départ, ma méthode d'atelier est décrite dans mon article pour cartographier vos systèmes d'IA en un atelier.

Question 2 : votre usage figure-t-il dans l'un des huit domaines de l'Annexe III ?

L'Annexe III énumère les domaines où un usage d'IA est présumé sensible. Repérez le vôtre :

Domaine de l'Annexe IIIExemples d'usages visés
BiométrieIdentification à distance, catégorisation biométrique, reconnaissance des émotions
Infrastructures critiquesComposant de sécurité gérant l'eau, le gaz, l'électricité ou le trafic
Éducation et formationAdmission, évaluation des acquis, surveillance des examens
Emploi et gestion des travailleursTri de candidatures, évaluation, décisions de promotion ou de rupture
Services essentiels, publics et privésAccès aux aides sociales, scoring de crédit, tarification en assurance vie et santé
Répression et justiceAide aux forces de l'ordre, appui à une décision judiciaire
Migration et contrôle aux frontièresExamen de demandes, évaluation de risques migratoires
Processus démocratiquesSystèmes destinés à influencer un scrutin ou un vote

Si aucun domaine ne correspond, votre usage n'est pas haut risque au titre de l'Annexe III, et vous basculez le plus souvent en risque limité ou minimal. S'il correspond, ne concluez pas encore : passez à la question suivante.

Question 3 : l'IA pèse-t-elle vraiment sur la décision ?

C'est le pivot du test. Un usage n'est haut risque que si l'IA sert de composant de sécurité, ou si elle influence une décision qui produit un effet concret sur une personne : un accès refusé, un dossier écarté, une prime relevée, une alerte transmise. Demandez-vous ce qui se passerait si le système se trompait. Si l'erreur atteint directement les droits, la sécurité ou la santé de quelqu'un, le rôle est déterminant. Si l'IA ne fait qu'éclairer une décision que l'humain prend et assume entièrement par ailleurs, son influence est plus faible, ce qui ouvre la porte à la question 5.

Question 4 : faites-vous du profilage de personnes ?

Question 5 : l'exception de l'article 6.3 s'applique-t-elle ?

Le règlement prévoit une porte de sortie pour les usages listés qui ne présentent pas de risque significatif. Votre système en bénéficie s'il se limite à l'un de ces cas, et à condition de ne pas faire de profilage :

  • Tâche procédurale étroite. Le système exécute une opération technique délimitée, comme reformater un document ou classer des pièces.
  • Amélioration d'un travail humain déjà réalisé.Il perfectionne le résultat d'une activité que la personne a menée, sans le remplacer.
  • Détection d'un écart sans se substituer à l'humain. Il signale une anomalie ou un motif, mais la décision reste entièrement portée par une personne qui la revoit.
  • Tâche purement préparatoire. Il prépare une évaluation ultérieure sans peser sur son résultat.

Cette exception se mérite et se documente. Vous devez consigner pourquoi votre usage y entre, car le régulateur pourra vous demander cette justification. Un système qui ne rentre dans aucun de ces cas, ou qui fait du profilage, reste haut risque.

Question 6 : êtes-vous fournisseur ou déployeur ?

Une fois le haut risque confirmé, vos obligations dépendent de votre rôle. Le fournisseur conçoit le système ou le met sur le marché sous son nom : il porte le gros du dossier, de la gestion des risques à la documentation technique. Le déployeur utilise le système sous sa propre autorité : il doit assurer la supervision humaine, surveiller le fonctionnement et informer les personnes concernées. Personnaliser lourdement un outil tiers ou le rebaptiser peut vous faire basculer de déployeur à fournisseur, et récupérer les obligations qui vont avec.

Question 7 : le socle d'obligations est-il en place ?

Pour un usage haut risque confirmé, vérifiez que le socle attendu existe vraiment, et pas seulement sur le papier :

  1. Un système de gestion des risques tenu à jour tout au long du cycle de vie.
  2. Une gouvernance des données qui garantit des jeux de données pertinents et représentatifs.
  3. Une documentation technique qui décrit ce que fait le système et comment il décide.
  4. Une journalisation qui trace les événements et rend les décisions reconstituables.
  5. Une supervision humaineeffective, avec un humain capable d'arrêter ou de corriger.
  6. Un niveau d'exactitude, de robustesse et de cybersécurité mesuré et maintenu.

Le résultat : une fiche de classification par usage

En déroulant ces sept questions, vous obtenez pour chaque usage une petite fiche : le domaine concerné, le rôle de l'IA dans la décision, l'application ou non de l'exception, votre rôle de fournisseur ou de déployeur, et l'état du socle. Cette fiche a deux vertus. Elle vous dit précisément où concentrer vos efforts, et elle constitue une preuve de bonne foi : vous avez classé, motivé et daté votre analyse, ce qui pèse lourd face à un régulateur. Pour élargir la vue au-delà de l'Annexe III, ma méthode générale figure dans mon article pour savoir si votre entreprise est concernée par l'IA à haut risque, et la question de votre périmètre global est traitée dans ma méthode pour savoir si vous êtes concerné par l'AI Act.

Classer un usage, ce n'est pas cocher une case, c'est décider et pouvoir le justifier. Une classification écrite et motivée vaut mieux qu'une intuition, même juste.
2 filtres
un domaine listé, puis un rôle déterminant dans la décision, pour qu'un usage soit vraiment haut risque

Questions fréquentes

Mon secteur est cité à l'Annexe III, suis-je forcément en haut risque ?

Non. Figurer dans un domaine listé est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut encore que l'IA pèse réellement sur une décision touchant une personne, et l'exception de l'article 6.3 peut vous en sortir si votre système ne fait qu'une tâche étroite ou préparatoire. C'est tout l'objet des questions 3 à 5.

Que se passe-t-il si je me classe à tort en risque limité ?

Vous vous exposez au régime de sanctions du non-respect des obligations haut risque, et vous perdez le bénéfice de la bonne foi puisque rien n'a été documenté. C'est la raison d'être de la fiche de classification : elle montre que vous avez analysé sérieusement, même en cas de désaccord d'interprétation.

L'exception de l'article 6.3 est-elle un feu vert définitif ?

Non, c'est une décision à documenter et à réexaminer. Si l'usage évolue et que l'IA se met à peser davantage sur la décision, ou si vous ajoutez du profilage, le système peut rebasculer en haut risque. Traitez cette exception comme une position à tenir, pas comme un acquis.

Faut-il refaire le test à chaque évolution ?

Oui, à chaque changement significatif d'usage, de périmètre ou de fonctionnement. La classification n'est pas un point figé, c'est une décision vivante qui suit le cycle de vie du système. Reprendre les sept questions prend quelques minutes une fois la première analyse faite.

Pour aller plus loin sur les échéances et ce qu'elles impliquent, consultez ma page dédiée à l'EU AI Act. Et si vous préférez faire classer l'ensemble de vos usages plutôt que de deviner cas par cas, c'est précisément l'objet de mon audit Sécurité & Conformité IA : il cartographie vos systèmes, tranche leur criticité et vous rend une feuille de route priorisée. Un simple premier échange suffit pour savoir par où commencer.

Cet article a une visée pédagogique et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation mérite une analyse au cas par cas.

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