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Audit de sécurité et de conformité IA : comment ça se passe concrètement

Whondy Drouode
Consultant GRC IA
Un audit de sécurité et de conformité IA dure trois à six semaines. Il se déroule en quatre temps : cartographie de vos usages réels, test de sécurité sur les systèmes exposés, mesure de votre exposition réglementaire, feuille de route priorisée. Vous repartez avec trois pièces : un rapport de constats, une matrice de risques cotée, un plan à douze mois.
Cet article détaille chaque étape. Je décris ce que je fais, ce que vous fournissez, et ce que vous tenez en main à la fin. C'est la version écrite de ce que je réponds quand un RSSI me demande à quoi ressemble un audit IA, et pourquoi il ne commence jamais par la technique.
Ce que vous recevez à la fin
Je commence par la fin. C'est ce qui décide de l'achat, et un audit qui accouche d'un classeur que personne n'ouvre a coûté de l'argent pour rien, quel que soit le sérieux du travail qui a servi à le produire. Trois livrables sortent de la mission. Le troisième est celui qui sert.
- Un rapport de constats : chaque système d'IA en service, son propriétaire, les données qu'il touche, et ce qui a été testé.
- Une matrice de risques cotée, croisant vraisemblance et impact, avec le contrôle qui coupe chaque scénario.
- Une feuille de route à douze mois, ordonnée par rapport entre le risque évité et le coût, avec un responsable nommé sur chaque ligne.
Étape 1 : cartographier les usages, Shadow AI compris
Aucun test ne vaut si la liste des systèmes est fausse. Je reconstitue donc l'inventaire réel, pas celui du comité d'architecture, et l'écart entre les deux devient le premier constat de la mission, généralement le plus inconfortable à lire pour une direction qui croyait le sujet sous contrôle. Cet écart se mesure. Il ne se devine pas.
Cinq sources suffisent, par ordre de coût croissant. Comptez cinq à dix jours ouvrés sur cette étape.
- Les journaux du proxy web et les requêtes DNS sortantes, qui montrent quels services d'IA sont appelés depuis le réseau.
- Les relevés de facturation SaaS et les cartes d'achat, qui révèlent les abonnements souscrits hors procédure.
- Les traces d'authentification unique, qui listent les applications raccordées à votre annuaire.
- Un sondage court auprès des équipes, sans sanction annoncée, sinon personne ne répond.
- Les règles de prévention des fuites de données, qui repèrent les copier-coller vers un service externe.
Étape 2 : tester ce qui est réellement exposé
Le test ne porte pas sur tout. Il porte sur les systèmes qui touchent une donnée sensible ou déclenchent une action dans un autre outil, parce que ce sont les seuls dont une défaillance se traduit par une perte réelle plutôt que par une réponse maladroite. Mon référentiel de travail est le OWASP GenAI LLM Top 10, dont la version courante a été publiée le 3 août 2026. Quatre risques reviennent presque toujours.
- LLM01, injection de prompt. Directe quand l'utilisateur détourne le modèle, indirecte quand la consigne est cachée dans un document que vous indexez vous-même.
- LLM03, excessive agency. Un agent qui appelle des API et écrit en base n'est plus un assistant : c'est un compte de service, et il est rarement traité comme tel.
- LLM06, unbounded consumption. Une seule requête peut coûter mille fois une autre sur un modèle à raisonnement étendu.
- LLM08, hidden context exposure. Tout contexte non visible finit par sortir : schémas de récupération documentaire, règles internes, invites système.
Sur la partie infrastructure, je m'appuie sur les recommandations publiées par l'ANSSI le 29 avril 2024 dans le document PA-102, que j'ai détaillées dans mon article sur ce guide. Le CERT-FR rappelait le 4 février 2026 qu'environ 250 documents malveillants suffisent à empoisonner un modèle, quelle que soit la taille du corpus d'entraînement. Ce chiffre change la conversation sur la chaîne d'approvisionnement.
Étape 3 : mesurer l'exposition réglementaire
Cette étape se mène en parallèle du test, pas après. Les obligations de transparence de l'article 50 de l'AI Act s'appliquent depuis le 2 août 2026, date d'application générale du règlement, et la plupart des entreprises que je rencontre les découvrent en même temps que leur propre inventaire. La prochaine échéance tombe le 2 décembre 2026.
Côté RGPD, la question est plus simple qu'elle n'en a l'air. Le CEPD retient neuf critères, et deux critères réunis rendent l'analyse d'impact obligatoire. Un projet d'IA en coche presque toujours deux : usage innovant, plus profilage ou données sensibles. J'ai listé les pièces que réclame un DPO dans cet article.
Étape 4 : une feuille de route tenable
Un audit qui rend quarante recommandations ne sera pas suivi. Je classe les constats par rapport entre le risque évité et le coût de la correction, puis je coupe. Une feuille de route utile tient sur trois vagues : ce qui se règle en moins de trente jours, ce qui demande un trimestre de travail et un arbitrage budgétaire, ce qui relève de l'exercice suivant. Le reste attend.
Chaque ligne porte un responsable nommé et une preuve attendue. Une action sans preuve reste une intention, et c'est exactement ce qu'un auditeur externe vous renverra six mois plus tard, dossier à l'appui. La preuve se décide au départ. Si vous voulez que je pilote ensuite cette feuille de route, le détail figure sur la page offres, et j'ai décrit la démarche complète dans ma feuille de route AI Act.
Ce que vous fournissez, et les questions qui reviennent
La mission avance vite si les pièces arrivent au démarrage. Voici ce que je demande à la réunion de lancement, avec la preuve attendue en face.
À préparer avant le lancement
- Liste des systèmes d'IA connusPreuve attendue : export du registre applicatif ou de la CMDB
- Accès aux journaux réseauPreuve attendue : trois mois de logs proxy ou DNS
- Contrats des fournisseurs de modèlesPreuve attendue : clauses de sous-traitance article 28
- Registre des traitementsPreuve attendue : fiches des traitements concernés par l'IA
- Un interlocuteur par systèmePreuve attendue : nom, rôle, disponibilité sur la période
Faut-il déjà avoir une politique IA pour être audité ?
Non, et c'est même l'inverse. La politique se rédige après, sur la base des usages constatés. Une charte écrite avant l'inventaire interdit des pratiques dont vous ignorez encore l'ampleur.
Combien de temps mobilise-t-on mes équipes ?
Comptez deux heures d'entretien par système audité, plus une demi-journée pour la restitution devant le comité qui devra ensuite arbitrer les priorités et débloquer les moyens. Le reste se fait sur pièces.
L'audit remplace-t-il une certification ISO 42001 ?
Non. Il vous dit où vous en êtes et par quoi commencer. Une certification suppose ensuite un système de management complet, audité par un organisme accrédité, sur un cycle de trois ans.
Si vous voulez savoir où vous êtes exposé avant d'engager quoi que ce soit, écrivez-moi : un premier échange de trente minutes suffit à cadrer le périmètre. Cet article décrit une méthode de travail et ne constitue pas un conseil juridique.
